Banlieue parisienne : un quartier à la pointe du compostage
Environnement
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Banlieue parisienne : un quartier à
la pointe du compostage |
Selon
l’ADEME, les biodéchets représentent un tiers de nos ordures ménagères1,
soit 83 kg par habitant par an2. Pour réduire ce gaspillage, la loi
AGEC oblige les Français à trier à la source leurs biodéchets depuis le 1er
janvier 2024. Mais que faire des déchets une fois triés ? Le compostage est-il
la meilleure pratique pour les valoriser ? J’ai décidé de mener l’enquête
auprès de mes voisins dans une rue pavillonnaire de L’Haÿ-les-Roses.


Une pratique accessible
et peu contraignante
Il est dix heures du
matin, un paisible dimanche de mars. On observe jusqu’en haut de la rue une
myriade de voitures de toutes les couleurs, garées le long du trottoir. Le
premier à m’accueillir est Michel, un octogénaire ayant grandi à la campagne.
Il a toujours vu ses parents composter à l’air libre, dans un tas au fond du
jardin. Lorsqu’il a emménagé en ville, Michel a investi dans un bac à compost
qui « n’est-pas assez aéré, ce qui entrave le processus de
compostage » selon lui. Pour faire face à cela, il l’aère en le remuant,
et l’humidifie deux fois par semaine. Ce retraité ressent une grande satisfaction
de ne pas jeter et de produire un engrais de qualité pour son jardin, qu’il
entretient à la perfection. Il me raconte qu’un jour il a été très surpris lorsqu’il
a trouvé des souris dans son compost, probablement attirées par un morceau de
viande jeté par mégarde avec ses épluchures. J’ai interviewé Cécile Bussière, chargée de plaidoyer et de
partenariat au Réseau Compost Citoyen. Elle insiste sur le fait que « Tous
les biodéchets se compostent, du moment que l’on assure la bonne gestion du
processus. Il est indispensable d’ajouter 50% de matières sèches
(herbes, feuilles mortes) et de remuer régulièrement ».
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Michel devant son composteur
/ ©Amary |
D’autres
font des découvertes encore plus étonnantes : Marion et Stéphane, un
couple de quinquagénaires, ont trouvé un butternut qui a poussé à côté de leur
compost. Stéphane, qui composte depuis 2007, me confirme l’importance de
surveiller ce qu’on y met et déconseille les
mauvaises herbes qui pourraient se démultiplier et se propager dans le jardin.
Quant à Marion, elle ne pourrait pas se passer de sa balade hebdomadaire vers
son composteur. « C’est satisfaisant de constater après plusieurs mois que
les biodéchets se transforment. C’est magique », me dit-elle, en
ajoutant qu’elle trouve l’odeur de son compost
particulièrement
agréable : « il sent la forêt ».
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Marion et Stéphane
à côté de leur bac à compost / ©Amary |
Si
certains considèrent l’ « Or Brun » (le compost mûr) comme une
richesse, Christelle et Antoine, parents de deux adolescents, en produisaient
trop et n’avaient pas le temps de l’utiliser. Ils ont donc arrêté de composter
après sept ans de pratique. Ils s’y remettraient volontiers si une collecte de
compost était mise en place par les collectivités.
Gérald,
Elodie et leurs deux enfants n’ont jamais essayé de composter par manque de
temps, mais comptent s’y mettre prochainement, conscients des bénéfices.
En face
de chez eux, Françoise, sexagénaire, a débuté le compostage en 2019, peu avant
sa retraite. Elle a trouvé cette pratique très facile :
« Il suffit juste d’un peu de bonne volonté » me dit-elle. Une
fois par an, elle utilise la terre produite pour recouvrir ses pieds de rosiers
et de tomates. Cette riveraine passionnée a même acheté un accélérateur de
compost. Selon elle, tout le monde devrait se lancer : « c’est un petit
geste individuel qui a beaucoup de poids à l’échelle collective».
J’ai
finalement rencontré Franck et Pocki, parents de deux jeunes adultes. Franck,
le « fou du compost », est l’écologiste de la famille. « Je suis
tombé dedans quand j’étais petit et je n’ai jamais réussi à en sortir», me
dit-il avec un grand sourire. Pour enrichir ses connaissances, il s’est
documenté, a discuté avec des amateurs et assisté à une formation organisée par
l’intercommunalité
Grand Orly Val de Bièvre. Franck réalise des économies en sacs poubelle
et en terre. Il nous livre sa meilleure astuce : placer un seau à compost
dans sa cuisine, que l’on vide une fois plein, pour réduire les « sorties
compost ». Franck conseillerait à ceux qui n’osent pas se lancer de « ne
pas hésiter : aucune contrainte, aucune odeur, que du bonheur ».
Un
petit pas pour le ménage, un grand pas pour la planète
D’après
l’experte Cécile Bussière, 60% des
sols européens sont brûlés aujourd’hui3. Le compostage est primordial
pour lutter contre la désertification des sols. Carolyn
Legg, maître composteur de l’entreprise Vers Ma Terre et
coprésidente du Réseau Compost Citoyen PACA, me confirme que « le
compostage permet d’éviter l’enfouissement et l’incinération, pratiques
détruisant les sols et l’atmosphère. Il permet également de retenir l’eau dans
les sols et de les nourrir, ce qui les aide à mieux stocker le carbone. Une
démocratisation du compostage est nécessaire car sans nos sols nous ne pouvons pas nous
nourrir. »
Selon
elle, la plus grande difficulté à laquelle nous devons faire face est de
changer nos habitudes et notre philosophie : « il
faut voir la matière organique comme un matériau propre qui nous est
nécessaire. »
Le
mot de la fin
En
définitive, composter n’est pas si compliqué qu’il n’y paraît. C’est une
pratique simple et peu contraignante qui présente plusieurs avantages :
réaliser des économies, créer du lien social et surtout diminuer notre
empreinte carbone individuelle. Selon Carolyn
Legg, le compostage est accessible à tous : « les personnes qui n’ont pas de jardin peuvent d'abord se
tourner vers le compostage partagé en pied d'immeuble ou se lancer dans
le lombricompostage quand celles-ci ne disposent pas de point de
compostage de proximité. » Il existe également des jardins partagés. Pour ceux qui
optent pour le compostage individuel, beaucoup d’intercommunalités
distribuent gratuitement des composteurs.
Si aujourd’hui l’Autriche composte 40% de ses déchets ménagers4, seulement un tiers des Français disent composter selon l’ADEME5. Carolyn Legg est optimiste quant à l’avenir de la France : « Nous allons réussir à adopter des modes de consommation plus responsables en changeant nos habitudes quotidiennes. C’est indispensable pour notre survie. Je pense que cela passe par la sensibilisation et la formation : éduquer les nouvelles générations nous garantira un avenir meilleur. »
995 mots
Amary Le Bideau
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Sources : 1. ADEME presse, "Tri à la source des biodéchets : tous mobilisés pour
valoriser ces ressources encore trop gaspillées », 19/10/2023 2.
ADEME
Infos, « Le tri à la source des biodéchets, c’est maintenant »,
2023 https://infos.ademe.fr/economie-circulaire-dechets/2024/le-tri-a-la-source-des-biodechets-cest-maintenant/ 3. Euractiv, « Une nouvelle carte confirme que plus de 60 % des sols
européens sont dégradés », Hugo Strena, 22/03/2023 https://www.euractiv.fr/section/agriculture-alimentation/news/une-nouvelle-carte-confirme-que-60-des-sols-europeens-sont-degrades/ 4.
La Presse, « L'Autriche,
championne européenne du compostage », 06/08/2010 5.
ADEME Magazine, «Tri des biodéchets : pourquoi s’y préparer dès
maintenant ? », enquête réalisée en
2020 par OpinionWay pour l’ADEME |
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