Dépollution de la Seine : Un projet qui ne fait pas de vague ?
Dépollution de la Seine : Un projet qui ne fait pas de vague ?
En 1990, une promesse audacieuse résonnait dans les discours de l'ancien président J. Chirac : "dans trois ans, j'irai me baigner dans la Seine [...] pour prouver que la Seine est devenue un fleuve propre". Une promesse qu’il n’a jamais tenue lui-même, mais qu’Emmanuel Macron souhaite honorer. En juillet prochain, ce même fleuve, longtemps emblématique de la pollution parisienne, sera le théâtre des épreuves aquatiques des Jeux olympiques de Paris. Cela soulève une interrogation majeure : comment la Seine pourrait-elle avoir retrouvé sa pureté en l'espace de trois décennies ?
Le compte à rebours est lancé : il ne reste plus que 20 semaines aux pouvoirs publics pour assurer le respect du plan baignade qui avait été érigé en 2016. Deux des organisations qui jouent un rôle dans ce travail de dépollution sont le Syndicat interdépartemental pour l'assainissement de l'agglomération parisienne (SIAAP) et l’Agence de l’Eau Seine Normandie. Nous les avons toutes les deux rencontrées pour comprendre comment sont effectués ces grands travaux d’épuration.
Des moyens considérables déployés
Frédéric Muller, délégué baignade et grands projets de l’agence Eau Seine Normandie, nous apprend que 1,4 milliard d’euros ont déjà été mobilisés dans le cadre des chantiers permettant la dépollution des eaux. Cette somme ne représente qu’une partie de la totalité des dépenses finales engagées par l’Etat et les collectivités locales franciliennes. Les diverses actions menées par les collaborateurs sont : la désinfection des rejets d’eaux traitées pour abaisser la concentration en bactéries ; la collecte des eaux usées des bateaux et des établissements flottants et la correction des mauvais branchements des habitations au réseau d'assainissement, permettant d'éviter le rejet direct des eaux usées non traitées dans les rivières. Selon Sabrina Guérin, directrice de l'innovation du SIAAP, les actions en cours ont déjà permis d’améliorer la qualité de l'eau. La surveillance a été renforcée et des mesures quotidiennes sont prises sur 130 km le long du fleuve. La concentration aquatique en azote, en carbone et en matière organique a été divisée par dix depuis 2016.
Des épreuves susceptibles d’être annulées en cas de forte pluie
Seulement un hic se présente au tableau. En temps sec, pas de soucis, les deux professionnels nous assurent que la Seine sera prête. En temps de pluie, c’est une autre histoire. On ne peut pas agir directement sur le réseau d’eaux pluviales et assurer que les apports bactériens apportés par une forte pluie permettront d’atteindre la qualité baignade, nécessaire à la tenue des épreuves. D’importants chantiers ont été entrepris pour limiter ces apports. Toutefois, en cas de forte pluie le jour d’une épreuve, celle-ci pourrait être annulée. Frédéric Muller, nous affirme qu’un plan B doit déjà être en préparation. Souriant, il nous rassure : “Notre vrai plan B, c’est l’optimisme”.
Un travail entamé il y a plusieurs décennies
Roberto Epple, président fondateur de l’ONG European Rivers Network (ERN), est aussi très confiant quant à l’avancée de la dépollution des eaux. Lui qui a consacré sa vie à rendre leur pureté et leur biodiversité aux cours d’eau, tient à souligner les progrès réalisés depuis les années 1980. Un de ses projets phares a pris racine en 2002, dans l’Elbe, une rivière transfrontalière fortement polluée. Le Big Jump, organisé par l’ERN, a réuni près de 100 000 participants qui ont plongé dans l’eau, synonyme d’un engagement écologique massif. L’ été dernier, c'est la Seine qui a symboliquement accueilli une édition du Big Jump. Pour illustrer ces progrès, le militant écologiste nous donne l’exemple du Rhin. Autrefois dépourvu de saumons en raison des barrages entravant leur migration, le fleuve voit peu à peu son écosystème se rétablir grâce à la suppression progressive de ces obstacles. Ce retour de la biodiversité est également quantifié dans les eaux de la capitale. Selon les chiffres relayés par le SIAAP, la Seine abrite désormais pas moins de 37 espèces aquatiques, alors qu'en 1970, ce nombre était réduit à seulement trois. Roberto Epple nous met cependant en garde contre le danger de se focaliser uniquement sur la qualité de l'eau, au détriment de sa quantité. Avec la raréfaction croissante de cette ressource, notamment due à l'agriculture intensive, de nouveaux défis se dressent devant nous.
“Là où Jacques Chirac a échoué, moi, je veux réussir”
Assainir les eaux et promettre un retour de la biodiversité suffisent ils s’il on ne tient pas compte de la pollution des fonds fluviaux ? Christophe Bontemps, @Chrisdetek sur les réseaux sociaux, n’est pas de cet avis. Nous l’avons rencontré dans un café parisien, place de la République. Un peu pressé, il nous parle d’abord de sa spécialité : la pêche à l’aimant. Cette pratique écologique consiste à lancer un grappin agrémenté d’un aimant surpuissant dans des eaux polluées, afin d’en extraire les objets métalliques. Dans la ville lumière, il dit surtout récupérer des moyens de locomotion : trottinettes, vélos, motos et pièces détachées de voiture. En lui demandant s'il croit à ce grand projet d’épuration, il nous précise qu’il est plus qu’essentiel de différencier l’assainissement et la dépollution des fonds fluviaux. L’avancement sera certes important pour les eaux de la capitale, mais le travail écologique nécessaire n’est pas encore abouti. Le Montpelliérain avait déjà plaidé une dépollution profonde de la Seine à la mairie de Paris, il y a maintenant plusieurs années. Sa détermination ? “Là où Jacques Chirac a échoué, moi, je veux réussir”. Il avait présenté un drone sous-marin pour cartographier les fonds fluviaux et y localiser les déchets, facilitant ainsi leur récupération. Cette solution ne fut pas adoptée par ses interlocuteurs. Il explique que les intérêts privés compliquent cette avancée.
Paris ouvrira des sites de baignade à l’été 2025
Cependant, Sabrina Guérin assure que le travail d’assainissement se poursuivra après les Jeux. S’inscrivant dans une logique d’héritage, les investissements des JO devraient être rentabilisés et des sites de baignade vont être ouverts à l’été 2025 dans Paris. Ces espaces seront situés à Bercy, Grenelle et entre l’île Saint-Louis et le Marais. Alors, oserez vous faire trempette ?
Manon Goigoux
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