Les bibliothèques d'objets : une solution à la surconsommation ?

 LES BIBLIOTHÈQUES D’OBJETS : UNE SOLUTION À LA SURCONSOMMATION ?


Les Bibliothèques d’objets sont des lieux communs où l’on peut emprunter des objets de toute sorte. Ces espaces se sont développés ces dernières années pour suppléer à notre mode de vie consumériste. En Ile-de-France, les bibliothèques d’objets s’implantent de plus en plus, la BOM à Montreuil et La Resserre dans le 12ème arrondissement de Paris en sont deux exemples intéressants.

Présentation

Plusieurs bibliothèques d’objets se sont mises en place en région parisienne. J’ai eu la chance d’en visiter deux. La première est une bibliothèque d’objets qui se trouve dans le 12ème arrondissement à la Maison du Zéro Déchet. Elle s’appelle La Resserre et a été créé par l’association Zézenne. C’est une des trois bénévoles, Sabine Christen, qui m’a accueillie pour me parler de la bibliothèque. Tout commence en 2021 quand elle dépose une idée « d’objets participatifs » à la mairie avec le réseau Zéro Déchet du 12ème. Ses idées sont très appréciées et le projet se met en place petit à petit. La première permanence de la bibliothèque d’objets se tient en juin 2022, puis tous les vendredis. La deuxième est la bibliothèque d’objets de Montreuil qui s’appelle la BOM. Elle est ouverte depuis 1 an et demi. L’idée du projet a émergé en 2020 avant le Covid 19. C’est l’association l’Observatoire du partage à Montreuil qui en est à l’initiative. Après le Covid, la mairie réinvestit un ancien centre de santé (600 m2), puis, « chacun est venu avec son bagage ».



                                  Célia Bourdon - La BOM, Montreuil


Principe 

Il faut adhérer à l’association ou à la bibliothèque d’objets pour pouvoir emprunter. Le tarif est d’environ 20 euros l’année. Puis chaque emprunt est gratuit et peut se faire sur une durée d’une semaine, ou plus si besoin. Les objets de la bibliothèque viennent essentiellement de dons de particuliers. Les bénévoles peuvent aussi acheter certains outils. La bibliothèque choisit parmi les dons car certains ne sont pas empruntables. Les objets qui font partis de cette catégorie sont soit réparés si c’est possible, soit mis dans un espace don à l’accueil. Les bibliothèques d’objets utilisent toutes le même logiciel pour répertorier les objets. Dans le bâtiment de la BOM, on peut retrouver plusieurs espaces en plus de la bibliothèque d’objets. A l’entrée, les bénévoles ont installés un système de piles rechargeables. Les adhérents ramènent une pile qu’ils mettent à charger et ils repartent avec une qui est déjà chargée. Puis, lorsqu’on avance dans le bâtiment, on tombe sur l’atelier de coréparation. Les adhérents prennent rendez-vous avec le réparateur Sim, ils ramènent leur objet abimé ou en panne, et avec l’aide de Sim ils essayent de comprendre comment marche l’objet et comment le réparer. Ces ateliers sont en prix libre, c’est-à-dire que chaque adhérent peut mettre le prix qu’il veut. Lorsque l’on monte à l’étage, on peut trouver un atelier couture, ainsi qu’une grande salle où des concerts et des conférences ont lieu. La BOM met aussi en place des ateliers pour les enfants avec l’association Valoristes qui récupère du bois. Toutes ces activités sont liées les unes aux autres. Par exemple, les adhérents peuvent emprunter un grille-pain à la bibliothèque, le temps que leur grille-pain soit réparé à l’atelier de coréparation de Sim.


                                    Célia Bourdon - photos de la bibliothèque 
                                                                    d'objets de Montreuil

Avantages 

La bibliothèque d’objet est une nouvelle manière de diminuer sa consommation, de se dégager de la surconsommation. Acheter chacun des objets et les garder chez soi ne nous fait qu’accumuler, alors que l’on utilise certains objets seulement une fois par an. C’est une autre façon d’utiliser les objets. On se détache de l’action de posséder. Ce sont des équipements de proximité, qui sont mis en commun. La bibliothèque d’objet n’est pas toujours une alternative à l’achat. C’est aussi proposer des choses que les adhérents n’auraient pas imaginer acheter. En plus de la bibliothèque, les ateliers de réparation mis en place permettent l’action sociale. On n’emprunte pas seulement, on répare aussi, on s’autonomise, on cherche la compétence, l’objet et la connaissance. La coopération et l’entraide sont mis en avant dans ce type d’endroit. Les activités permettent le lien social, le partage, la convivialité. L’échange et la mutualisation sont la clé pour un futur et une planète meilleure. Selon la salariée de la BOM Louna, les bibliothèques d’objets sont « dans l’air du temps ». La BOM a de nombreux appels et visites de gens qui ont les mêmes idées qu’eux et qui veulent les développer.



                                         Célia Bourdon - Programme ateliers 
                                                                         de la BOM

Visibilité 

Lorsque les bibliothèques d’objets ont commencé à se développer, elles ont dû trouver un moyen d’étendre leur visibilité pour attirer des adhérents. Les moyens pour faire connaitre les bibliothèques d’objets sont multiples : du simple bouche à oreille, en passant par les réseaux sociaux, et même par des reportages sur des chaines de télévision. Pour la BOM, le journal local Le Montreuillois est aussi une alternative pour parler d’eux.

Difficultés 

 Les bibliothèques d’objets font face à de nombreuses difficultés. Les difficultés économiques sont les plus ancrées car les bibliothèques ne sont pas viables. Elles ont besoin de financement et d’aides de la part des mairies. Elles ont donc des subventions d’investissement et de fonctionnement d’ateliers, car ces lieux sont un enjeu pour les mairies. De plus, de nombreuses associations et fondations leur viennent en aide. D’autre part, les bibliothèques font aussi face à une crise de l’engagement : ils leur manquent de la main d’œuvre, des bénévoles. De plus, elles ont des problèmes de communication : les ateliers ne sont pas remplis. Du côté de la bibliothèque La Resserre, elle a le désavantage d’avoir un local humide et moisi à cause d’un problème d’aération. Elle a donc besoin de trouver d’autres endroit pour stocker ses objets. Enfin, il est encore difficile d’imposer cette vision de la société aux gens. Il ne faut pas oublier qu’il est dans nos habitudes de vie et dans notre culture de vouloir posséder des objets.

Projets et initiatives 

Ces bibliothèques d’objets n’ont tout de même pas dit leur dernier mot. Elles ont encore plus d’un tour dans leur poche, et surtout de nouveaux projets. Du côté de l’association Zézenne, en mars 2024, elle prévoit de créer deux points relais, notamment une épicerie sociale étudiante dans le 13ème (Paris-Ivry). Pour ce qui est de la BOM, ces prochains objectifs sont d’avoir une connaissance plus fine de ses adhérents afin de mieux organiser les ateliers, d’être plus ancré territorialement, d’avoir plus de lien avec des associations. Et pourquoi pas de créer des mini BOM avec l’aide municipale !

Ouverture 

Le modèle de la bibliothèque d’objet nous vient du monde anglosaxon. Au Canada, à Montréal, la mairie a mis en place des bibliothèques d’objets dans tous les quartiers. Les bibliothèques ont aussi vu le jour aux Etats-Unis, notamment dans la ville de Chicago, ce qui peut être étonnant sachant que les Américains font partis des nationalités qui consomment le plus. En France, en dehors de la région parisienne, on peut trouver des bibliothèques d’objets à Toulouse, Quimper, mais aussi en Suisse, dans les villes de Genève ou Lausanne. Les bibliothèques d’objets sont des concepts qui émergent lentement dans notre société, notamment à cause de l’individualisme. Selon l’experte Laura Brimont en économie collaborative, les milieux ruraux sont plus aptes à développer des bibliothèques d’objets que les milieux urbains qui sont plus individualistes. Avant l’apparition des bibliothèques d’objets, des systèmes similaires existaient déjà dans les villes, comme les ludothèques qui proposent d’emprunter des jeux pour enfants, ou certains magasins qui proposent de louer des vêtements ou des objets de puériculture. Le concept de la bibliothèque d’objet est un concept utile notamment en zone urbaine. Par exemple, à Paris, les habitants n’ont pas forcément la place pour stocker de gros objets chez eux. Par ailleurs, ces objets peuvent coûter cher ce qui peut être un inconvénient pour les personnes en difficulté, notamment les étudiants.

Célia Bourdon

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